Slow flower : des fleurs locales et de saison

Slow flower : des fleurs locales et de saison

Des roses, oeillets et tulipes qui parcourent des milliers de kilomètres pour approvisionner les fleuristes français tout au long de l’année… C’est en réaction à cette aberration écologique et ses conséquences désastreuses sur le secteur horticole que le mouvement slow flower, originaire des Etats-Unis, se développe dans l’Hexagone. Objectif: renouer avec la proximité et la saisonnalité. Tour d’horizon.

Cet été, je suis allée au mariage d’une amie en Normandie. Cadre bucolique, météo au beau fixe, tous les ingrédients étaient réunis, jusqu’à la décoration florale mêlant dahlias, cosmos et autres fleurs des champs (je dois vous avouer que j’ai une véritable passion pour les fleurs – j’ai même brièvement envisagé une reconversion dans ce secteur après avoir quitté mon job.) L’auteure de ces compositions champêtres est une jeune fleuriste d’origine anglaise, Freya Robbert-Todds, qui place l’engagement écologique au coeur de son travail. Toutes ses fleurs proviennent du jardin de sa mère ou de producteurs locaux et respectent donc la saisonnalité. La jeune femme remet par ailleurs au goût du jour des techniques anciennes, préférant des contenants chinés (vases, bouteilles) et un ingénieux système de grillage à l’utilisation de mousse florale. Une démarche résolument éco-responsable qui s’inscrit dans le mouvement « slow flower ».

Apparu aux Etats-Unis au début des années 2010, le slow flower, à l’instar du slow food, vise à renouer avec une production locale respectant le rythme des saisons et privilégiant les circuits courts . Après avoir essaimé au Royaume-Uni, le mouvement se développe désormais en France.

Le bouquet de fleurs… un cadeau empoisonné pour la planète ?

Il faut dire que la situation n’est pas bien brillante : aujourd’hui, près de 9 fleurs sur 10 vendues dans l’Hexagone sont importées. Cultivées au Kenya, en Ethiopie, en Afrique du Sud, en Colombie ou encore en Equateur, elles sont transportées par avion et transitent la plupart du temps par les Pays-Bas, véritable plaque tournante du commerce horticole mondial, avant d’arriver chez nos fleuristes en moyenne dix jours après avoir été coupées.

Fragiles et sensibles aux écarts de températures, à la pluie, au vent voire à l’excès de soleil, ces fleurs sont bien souvent produites dans des serres climatisées ou chauffées nécessitant un système d’arrosage bien plus gourmand en eau qu’une production en plein champ. Outre les engrais visant à les faire pousser plus vite, elles sont lourdement traitées pour les protéger contre les maladies et leur assurer une meilleure tenue afin de résister au transport. En 2017, le magazine 60 millions de consommateurs a analysé les substances contenues dans les roses de dix grandes enseignes françaises. 49 molécules au total ont été identifiées, dont certaines très persistantes dans l’environnement, dangereuses pour les abeilles voire interdites en Europe.

A l’arrivée, des fleurs calibrées, standardisées (seul un petit nombre de variétés sont capables de résister à de tels traitements) qui ne sentent souvent pas grand chose et qui ont parcouru la moitié de la planète pour faner au bout de quelques jours. Selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le bilan carbone d’une rose importée s’élève à 1 kg de CO2, soit l’équivalent d’un trajet de 5 km en voiture.

Encourager la production locale

Outre le fait qu’elle ne soit pas très écolo, cette production a de lourdes conséquences économiques sur l’industrie horticole française : entre 2005 et 2015, le nombre de producteurs a diminué de 40%, passant de 6 144 à 3 611 (source Agrimer).

C’est pour redonner ses lettres de noblesse à la production hexagonale tout en soutenant une démarche éco-responsable que le Collectif de la fleur française a vu le jour. Créée en 2017 par Hélène Taquet, floricultrice et fondatrice de Popfleurs et Sixtine Duby, journaliste et auteure de La tentation des fleurs, l’association soutient la culture de fleurs locales et de saison produites le plus naturellement possible afin de mettre en lumière la diversité des variétés, favoriser la biodiversité et soutenir les savoir-faire agricoles et l’artisanat. Le collectif est notamment à l’origine de l’Annuaire Slow Flower qui recense les acteurs engagés en faveur de la fleur responsable, qu’ils soient producteurs ou fleuristes.

En parallèle de cette initiative, plusieurs labels ont vu le jour pour guider les consommateurs :

Fleurs de France : Créé en 2015 par le ministère de l’Agriculture, ce label soutient la production 100% made in France. Il est désormais réservé aux horticulteurs et pépiniéristes engagés dans une démarche éco-responsable ou de qualité reconnue.

Plante Bleue : Cette certification garantit officiellement que les végétaux ont été produits de manière éco-responsable par des entreprises de production horticoles françaises.

Label rouge : Bien connu des consommateurs pour l’alimentaire, le Label rouge distingue désormais certaines variétés de plantes : dahlias, géraniums, rosiers encore sapins de Noël.

Les Artisans du végétal : Réseau d’horticulteurs et de pépiniéristes détaillants pratiquant la vente directe de leur production et respectant des critères environnementaux.

On peut également citer FLP (Flower label program), label qui vise à encourager la culture responsable de végétaux, aussi bien du point de vue social qu’environnemental (engagement en faveur de meilleures conditions de travail des ouvriers agricoles, suppression des pesticides les plus nocifs et gestion raisonnée des ressources naturelles) ou encore MPS, qui distingue les producteurs horticoles adoptant dans une démarche de développement durable.

Ces labels peuvent vous guider dans votre choix. N’hésitez-pas à demander conseil à votre fleuriste pour connaître la saisonnalité des variétés, ou à vous reporter à un calendrier recensant les fleurs saison par saison.

Loin des fleurs standardisées qui ont parcouru des milliers de kilomètres, le mouvement slow flower s’inscrit dans une démarche éco-responsable en phase avec les attentes des consommateurs : selon un sondage Opinionway réalisé en 2017, 69 % des personnes interrogées préfèrent les fleurs produites localement, et 81 % plébiscitent les fleurs de saison.

Pour aller plus loin : Producteurs engagés, bouquets de saison livrés à vélo, ferme florale en plein coeur de Paris, découvrez 7 acteurs qui font le pari du slow flower

2 réflexions au sujet de « Slow flower : des fleurs locales et de saison »

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