L’homme dans l’arène : oser avec audace

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En 1910, Theodore Roosevelt, qui a quitté la Maison-Blanche un an plus tôt, prononce à la Sorbonne un discours qui marquera les esprits. Il y évoque « l’homme dans l’arène » qui « ose avec audace ». Une image reprise par la chercheuse américaine Brené Brown, qui voit dans les propos de l’ancien président l’illustration du pouvoir de la vulnérabilité.

Le pouvoir de la vulnérabilité

Si je vous dis vulnérabilité, vous pensez probablement faiblesse, fragilité. Pour la chercheuse en sciences sociales Brené Brown, la vulnérabilité est au cœur même de nos interactions avec les autres.

Brené Brown a longtemps travaillé sur la honte et la peur, et elle a découvert que la vulnérabilité est à la base de ces deux émotions. A la source de la honte se trouve une peur de l’isolement : je refuse de montrer quelque chose de moi qui, si les autres le savaient, viendrait à m’isoler. Au fil des nombreux entretiens réalisés dans le cadre de ses recherches, Brené Brown a identifié que les personnes qui croient en leur propre valeur (« sense of worthiness »), qui possèdent ce qu’elle nomme « un fort sentiment d’amour et d’appartenance », pensent mériter cet amour et cette appartenance, à la différence de ceux qui se demandent sans arrêt s’ils sont « assez bien ». A la vulnérabilité est associée l’idée que pour pouvoir entrer en contact avec les autres, il faut se montrer tel que l’on est, être soi-même. Ainsi, ce qui empêcherait certains d’entre nous de nouer des relations serait la peur de ne pas être assez bien, et de ne pas mériter ces relations.

A l’inverse, Brené Brown qualifie les personnes qui n’ont pas peur de se montrer telles qu’elles sont de « whole hearted » : elles vivent les choses à fond et possèdent un sens du courage (qui vient étymologiquement de « cœur » et signifie « raconter qui nous sommes de tout notre cœur »). Elles sont disposées à abandonner l’idée qu’elles se font de ce qu’elles devraient être pour être qui elles sont vraiment, elles ont le courage d’être imparfaites, et la qualité de leurs relations dépend justement de leur authenticité. Ces personnes n’ont pas peur d’assumer leur vulnérabilité car elles pensent que c’est ce qui les rend belles et uniques, elles voient la vulnérabilité comme une nécessité pour vivre des relations sincères.

Quand courage rime avec vulnérabilité

Pour Brené Brown, la vulnérabilité – qui peut être définie comme la capacité à faire quelque chose sans garantie de réussite – est le préalable à une vie heureuse : si elle est au cœur d’émotions négatives comme la honte, la peur ou le manque d’estime de soi, elle est aussi source de joie, d’amour et de gratitude. En voulant anesthésier la vulnérabilité, limiter voire même supprimer l’incertitude, on se prive de tout ce qu’elle peut nous apporter de positif, on en devient malheureux, on cherche un but, un sens à nos vies, et l’on se sent encore plus vulnérables. Le concept de vulnérabilité ne se limite pas à la sphère privée, et les managers auraient tout intérêt à lui faire une place au sein de l’entreprise, car elle constitue le berceau de l’innovation, de la créativité et du changement : pas de créativité sans vulnérabilité, pas d’innovation sans tolérance à l’échec, pas de changement dans les relations humaines sans empathie, confiance et inclusion.

Assumer sa vulnérabilité n’est pas une faiblesse. Prendre ce risque émotionnel en acceptant l’incertitude, oser se montrer sous son vrai jour est au contraire la mesure la plus précise du courage. Cela peut paraître paradoxal tant courage et vulnérabilité semblent opposés, et pourtant l’un ne va pas sans l’autre : impossible d’être courageux si on n’accepte pas d’être vulnérable, car tout acte de courage nécessite de s’exposer d’une manière ou d’une autre sans possibilité de contrôler le résultat. Aucune chance de sortir avec l’homme de vos rêves si vous ne prenez pas le risque d’avoir le cœur brisé. Aucune chance de décrocher le job idéal si vous n’êtes pas prêt à échouer… Vivre notre vie à fond, que ce soit au niveau personnel ou professionnel, requiert une part d’engagement et donc de vulnérabilité.

L’homme dans l’arène

C’est là que Roosevelt entre en jeu. Le 23 avril 1910, l’ancien président prononça à la Sorbonne un discours intitulé « Citoyens de la République », rendu célèbre par le passage consacré à « l’homme dans l’arène » :

« Ce n’est pas le critique qui compte, celui qui montre du doigt l’homme qui a trébuché ou qui explique comment on aurait pu mieux faire. Tout le mérite revient à celui qui descend vraiment dans l’arène, dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui lutte vaillamment, qui se trompe, qui échoue encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans échec – mais qui fait son maximum pour progresser, qui connaît de grands enthousiasmes, qui se consacre à une noble cause, qui au mieux connaîtra in fine le triomphe de l’accomplissement et qui, au pire, s’il échoue, aura osé avec audace, et saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec ».

L'homme dans l'arène - Oser avec audace - Daring greatly

Entrer dans l’arène, c’est s’engager, s’exposer. Tenter sa chance, tout en prenant le risque de tomber ou de se tromper. Choisir le courage plutôt que le confort. En passant notre vie à attendre d’être parfait, à nous protéger, à avoir peur de l’échec, nous risquons de sacrifier des relations et de passer à côté d’opportunités qui ne se représenteront pas. Pour vivre pleinement, il nous faut entrer dans l’arène – que celle-ci désigne une rencontre, un entretien d’embauche ou un nouveau projet – et oser avec audace.

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à visionner la conférence de Brené Brown diffusée sur Netflix, L’Appel au courage, ou à consulter son ouvrage Le pouvoir de la vulnérabilité (Daring greatly).

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