Écologique et solidaire, le troc fait son grand retour

Retour du troc écologique et solidaire

Crise économique et prise de conscience écologique favorisent l’apparition ou la renaissance de multiples pratiques de consommation. Parmi elles le troc, qui connaît aujourd’hui un nouvel essor. Pourquoi l’échange séduit-il autant ? En quoi permet-il de remettre du sens dans notre façon de consommer ?

La seconde main au cœur de nouvelles pratiques de consommation

C’est l’effervescence à la Maison du Paris durable (4e). Les visiteurs s’affairent autour des tables où sont disposés vêtements, jeux, livres ou encore CD. Bienvenue à la Free Troc Party ! Le concept est simple : chacun apporte au moins un objet en bon état dont il souhaite se séparer et repart avec ses articles coup de cœur. La pratique du troc, qui consiste à échanger un bien ou un service contre un autre sans avoir recours à l’argent comme monnaie d’échange, n’est bien sûr pas nouvelle, mais elle connaît depuis quelques années une seconde jeunesse. A l’heure où les soldes font grise mine, l’échange de vêtements, accessoires ou livres séduit un nombre croissant d’adeptes désireux de consommer autrement.

Les Free Troc Party séduisent de plus en plus d’adeptes désireux de consommer autrement

Le succès du troc s’inscrit dans une tendance de consommation plus globale qui fait la part belle aux produits de seconde main. Selon une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) datant de 2012, 49 % des vélos, 37 % des livres et 33 % des DVD sont achetés d’occasion. « La crise favorise les pratiques liées à la seconde vie des objets. Nouvelles ou renouvelées, celles-ci sont liées pour partie à la précarité et à l’inégalité sociale » observe le Crédoc.

La seconde vie est favorisée par la multiplication des lieux de vente d’occasion ou de troc, en particulier sur Internet. Une autre étude du Crédoc révèle que 44 % des Français avaient déjà acheté des biens d’occasion sur internet en 2016, contre seulement 27 % en 2007.

Cette tendance devrait logiquement être renforcée par la crise sanitaire et sociale : selon un récent sondage mené par OpinionWay pour le géant du e-commerce Rakuten, 74 % des Français interrogés se disent prêts à renoncer à l’achat de produits neufs, dont un quart pour la moitié de leurs achats. 7 sondés sur 10 disent vouloir consommer de façon plus responsable, avec des produits plus respectueux de l’environnement, notamment des produits d’occasion qui favorisent l’économie circulaire. Un Français sur trois est prêt à opter pour des vêtements d’occasion, et près de deux sur trois (58 %) se disent prêts à acheter des DVD, livres ou jeux vidéo de seconde main.

Le troc, d’un motif économique…

Remède anti-crise

Si l’on pense en premier lieu à l’achat de produits d’occasion, l’échange séduit tout particulièrement dans un contexte économique déprimé. Le mouvement a pris de l’ampleur après 2008 et son succès ne s’est pas démenti depuis. En période de crise, troquer permet de consommer et de se faire plaisir sans entamer son pouvoir d’achat. C’est la possibilité d’acquérir de nouveaux biens tout en valorisant des vêtements ou objets qui dorment dans nos placards.

Lancé en 2015, le site Mytroc.fr a été conçu comme un « remède anti-crise » par ses trois fondateurs. Aujourd’hui, il propose 180 000 annonces de livres, vêtements, articles de puériculture ou d’alimentation qui s’échangent contre des noisettes. Quelle différence avec une monnaie sonnante et trébuchante me demanderez-vous ? « La noisette permet d’éviter les contraintes de besoins asymétriques et de faciliter les échanges en les différant dans le temps » explique Florianne Addad, l’une des cofondatrices. Ce que propose la personne en échange de mon bien ne m’intéresse pas forcément, mais mon stock de noisettes me permettra de trouver mon bonheur au sein de la communauté Mytroc.

MyTroc, le remède anti-crise


Quand le troc s’étend au monde de l’entreprise

Si le troc s’exerce majoritairement entre particuliers, il a essaimé au monde de l’entreprise en réponse à la crise économique de 2008. Victimes de l’arrêt du financement par les banques, les entreprises américaines se sont regroupées en réseau pour échanger des produits, des services mais aussi se financer entre elles. Au-delà de pallier la déficience des établissements bancaires, ce système d’échange a permis une relocalisation de l’économie en mettant en relation des prestataires et des fournisseurs proches géographiquement, tout en s’inscrivant dans une logique d’entraide et de réciprocité commerciale.

Samuel Cohen s’est inspiré des Etats-Unis pour créer France Barter (« barter » signifiant « troc » en anglais), une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui compte plus de 1 000 entreprises sociétaires. Grâce à la plateforme, celles-ci peuvent trouver à la fois des clients et des prestataires, échanger des biens et des services, le tout grâce à des factures payées par compensation et non en numéraire. « Les sociétés financent leurs achats grâce à leurs ventes, sans recours au système monétaire classique, car elles utilisent une autre monnaie, le bart€r » explique le chef d’entreprise.  

… à une pratique écologique

Vers une consommation plus responsable

A la fonction première du troc – faire des économies – sont venues se greffer des considérations écologiques qui expliquent aujourd’hui en grande partie son succès. Un nombre croissant de citoyens souhaitent en effet consommer de manière plus responsable dans une logique d’économie circulaire. Une recherche de sobriété heureuse à laquelle le troc apporte une réponse.

Si la pratique séduit tant, c’est car elle permet de lutter contre la surconsommation et le gaspillage : des milliards de tonnes de vêtements et d’objets partent à la poubelle chaque année. Pourquoi acheter du neuf alors qu’il y a déjà tant de produits en circulation ? Pourquoi opter pour un article suremballé venu de l’autre bout de la planète lorsqu’on peut trouver le même près de chez nous ? S’échanger des biens de seconde main, c’est faire le choix d’une consommation alternative, éthique et responsable en ayant un impact positif sur la planète. Un choix qui s’apparente aujourd’hui à un acte de résistance, une manière de refuser les dérives de la société de (sur)consommation en mettant du sens dans ses pratiques d’achat.

Un nouveau rapport aux biens

Le troc répond à cette envie de consommer autrement, en réduisant ses dépenses certes, mais surtout en se recentrant sur des produits utiles et de proximité. S’affranchir de la valeur marchande permet en outre de faire évoluer notre rapport aux biens. Ce qui compte désormais, ce n’est plus le prix de l’objet mais l’expertise du troqueur, sa capacité à faire des « bonnes affaires », comme l’explique Véronique Varlin, directrice de l’Obsoco (Observatoire société et consommation) à propos des Free Troc Parties.

A cela s’ajoute le plaisir de dénicher le petit pull qui se mariera parfaitement avec notre pantalon préféré ou la pièce vintage que n’aura pas la copine. L’objet de seconde-main possède un vécu et une histoire, il est unique et apparaît dès lors plus authentique et plus précieux que la pièce industrielle fabriquée à la chaîne. Et qu’importe si l’on repart les mains vides alors que l’on est arrivée avec une valise pleine de vêtements. On aura eu la satisfaction de donner une seconde vie à ces derniers, et le plaisir d’engager la conversation avec la troqueuse qui a jeté son dévolu sur ce pull devenu trop petit pour nous. Car outre son aspect économique et écologique, le troc est également vecteur de lien social. Il permet de remettre de l’humain dans une société qui en manque parfois cruellement.

Troquer pour créer du lien

Consommation collaborative

L’essence même du troc réside dans le partage. Les économistes parlent d’ailleurs de « consommation collaborative » pour désigner ces nouveaux moyens d’échanger des biens mais aussi des services, ce désir d’inventer ensemble une nouvelle manière de consommer, plus solidaire et moins coûteuse.

A la différence d’une transaction financière unilatérale – l’un fournissant un service et l’autre le rémunérant, le troc favorise la réciprocité : chacun donne et s’implique en fonction de ce qu’il a à offrir. Du jardinage contre des bocaux de confiture. Un cours d’anglais contre un dépannage informatique. Une leçon de guitare en échange d’un vélo trop petit. Troquer c’est créer du lien, mettre de la solidarité dans le quotidien et faire primer l’échange humain sur la valeur pécuniaire.

Entraide et solidarité

Favoriser le lien social et la solidarité, telle est la raison d’être des Accorderies qui s’implantent sur tout le territoire. Originaire du Québec, l’Accorderie est « un concept solidaire qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion et à favoriser la mixité sociale ». Le principe est simple : permettre aux habitants d’un quartier d’échanger des services en fonction de leurs savoir-faire. Chaque échange est comptabilisé dans une banque de temps, une heure de service rendu valant une heure de service reçu. Une belle manière de valoriser les compétences au sein d’une communauté tout en donnant lieu à de belles rencontres.

La solidarité est également au cœur de l’ADN d’Indigo, une plateforme de troc et d’entraide lancée en 2019 par Stéphane de Freitas (initiateur du concours d’éloquence en banlieue Eloquentia et réalisateur du documentaire A Voix haute). A chaque bien ou service fourni, l’utilisateur reçoit des Digos, une « monnaie virtuelle de la générosité », qui lui permettent d’obtenir à son tour ce dont il a besoin.

Indigo, quand troc rime avec entraide


L’originalité d’Indigo réside dans son approche vertueuse : chaque membre dispose en parallèle d’un coefficient d’altruisme appelé « Good Vibes », qui augmente en fonction du nombre de personnes aidées gratuitement ou des coups de pouce donnés à des associations partenaires. Plus le coefficient est élevé, plus le prix en Digos dont l’utilisateur devra s’acquitter en échange d’un bien ou d’un service diminue. « Créer des systèmes d’entraide qui encouragent l’altruisme tout en préservant la planète, c’est inéluctable. Ce défi générationnel est la solution idéale pour ne plus opposer fin du monde et fin de mois difficile » conclut Stéphane de Freitas.

Recherche d’économies, désir de consommer de manière plus responsable, envie de remettre de l’humain et du sens dans son quotidien, les raisons de s’essayer au troc sont multiples.
Alors, prêt(e) à troquer ?


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