Semaine de 4 jours, journée de 5 heures : Travailler moins pour travailler mieux ?

Semaine de 4 jours, journée de 5 heures : travailler moins pour travailler mieux ?

Réunions interminables, journées à rallonge… Et si, au lieu de travailler plus pour gagner plus, on travaillait moins pour travailler mieux ? C’est le pari de certains dirigeants pour booster la productivité et améliorer le bien-être de leurs salariés. Qui sont ces entreprises qui révolutionnent l’organisation du temps de travail ?

Culture du présentéisme

Travailler trop, travailler mal ?

Il est 17h30, et alors que vous vous dirigez discrètement vers la porte, vous entendez une voix dans votre dos : « Tu pars déjà ? T’as posé ton aprèm ? »

Qui n’a jamais vécu cette situation ? Elle tient en un mot : présentéisme, et à cette idée qui voudrait qu’être un bon salarié, c’est avoir des horaires élargis, quitte à faire acte de présence.

Ce surinvestissement pourrait apparaître comme une aubaine pour l’entreprise. Il représente en réalité un coût. Baisse de motivation, fatigue, burn-out, apparition ou aggravation de pathologies, perte de sens, désengagement ne sont que quelques uns des maux favorisés par le présentéisme. Les Japonais (qui ont un terme pour toutes les situations) parlent de karoshi, littéralement « mort par excès de travail ». Une étude menée en 2017 révélait qu’un Japonais sur cinq risquait de mourir au bureau en raison d’un surmenage.

Si en France ou au Japon la performance des salariés semble être corrélée au temps de présence, il est d’autres pays où c’est tout le contraire. En Scandinavie par exemple, rester au bureau après 17h est vu non pas comme une preuve d’investissement, mais comme un manque d’organisation ou d’efficacité. On pourrait même vous reprocher de délaisser votre famille !

Une productivité en berne

Nous passons en moyenne 7h par jour derrière notre bureau. Pourtant, si l’on en croit les études, nous serions loin d’être productifs tout au long de la journée. Au XIXème siècle déjà, Pareto affirmait que 20 % des tâches créent 80 % de la valeur.

Comment être plus productif au bureau
Journée de 5 heures, Semaine de 4 jours : la clé pour être plus productif au bureau ?

L’étude menée par l’entreprise Vouchercloud auprès de 2 000 salariés britanniques est édifiante. À la question « pensez-vous êtes productif tout au long de votre journée de travail ? », 79 % des salariés ont répondu par la négative. Selon les sondés, la durée moyenne de productivité par jour s’établirait à… 2h53 ! Interrogés sur les sources de distraction qui les empêchent d’être pleinement efficaces, ils citent :

  • Passer du temps sur les réseaux sociaux – 47%
  • Lire des articles sur le net – 45%
  • Discuter avec les collègues – 38%
  • Se préparer une boisson chaude – 31%
  • Faire des pauses cigarettes – 28%
  • Envoyer des textos / des messages instantanés – 27%
  • Grignoter – 25%
  • Se préparer à manger – 24%
  • Passer des coups de fil à leur conjoint ou à des amis – 24%
  • Chercher un autre emploi – 19%

Deux tiers des personnes interrogées estiment qu’elles ne pourraient pas se passer de ces distractions, celles-ci rendant la journée de travail « plus supportable ».

Selon une autre étude menée auprès de 3 750 professionnels européens, ces derniers ne consacreraient que 43 % de leur temps de travail à leurs tâches principales. Les réunions inutiles, le temps passé à répondre aux mails ou les interruptions constantes sont pointés du doigt.

Semaine de 4 jours, journée de 5 heures : mode d’emploi

Nous ne serions donc productifs que quelques heures par jour. Fort de ce constat, des entreprises pionnières expérimentent de nouveaux rythmes de travail. Certaines choisissent de mettre en place la journée de 5 heures, tandis que d’autres optent pour la semaine de 4 jours.

Des journées de travail plus courtes

Nous perdons notre temps sur les réseaux sociaux explique Lasse Rheigans, patron de la start-up allemande Rheigans Digital Enabler, spécialisée dans le développement de sites web et de plateformes e-commerce. D’où l’idée de raccourcir les journées, tout en faisant en sorte que le temps passé au bureau soit mieux employé. Travailler moins pour travailler mieux en somme. Les 16 salariés commencent leur journée aux alentours de 8h, pour l’achever à 13h. Grâce à leurs horaires allégés, ces derniers disposent de plus de temps pour eux et s’organisent comme ils le souhaitent en fonction de leur charge de travail.

Un jour de repos supplémentaire

Plutôt que de raccourcir la journée de travail, certains patrons optent pour la semaine de 4 jours. Plusieurs aménagements sont possibles :
– Effectuer 4 journées de travail sans que le volume horaire quotidien soit modifié. Le temps de travail passe alors de 35 à 28 heures par semaine
– Conserver un volume hebdomadaire de 35 heures réparties sur 4 jours, ce qui revient à augmenter l’amplitude horaire quotidienne

Trois jours de repos par semaine, avouez que l’idée est séduisante. Selon l’étude The workforce view in Europe menée par ADP en 2019, 56 % des salariés aimeraient travailler 4 jours s’ils en avaient la possibilité. 78 % opteraient pour des journées plus longues afin de conserver la même rémunération, quand 22 % préféreraient garder la même amplitude horaire, quitte à voir leur salaire baisser.

Chez Yprema, des salariés polyvalents

En France, la société Yprema fait figure de pionnière. L’entreprise, qui transforme des matériaux de construction en granulats, a mis en place la semaine de 4 jours dès 1997. La journée de repos supplémentaire varie selon les salariés, formés à plusieurs postes pour pouvoir se remplacer mutuellement. Les horaires des usines et l’accueil commercial ont été élargis avec la mise en place de binômes en horaires décalés.

Love Radius : des horaires allégés aux beaux jours

Cette organisation particulière peut également être saisonnière : à Toulon, Love Radius a décidé de mettre en place la semaine de 4 jours de mai à août. Les dirigeants de cette entreprise qui fabrique des porte-bébés se sont rendu compte que les ponts du mois de mai n’impactaient pas la productivité de leurs salariés car ceux-ci s’étaient organisés pour absorber le volume de travail. Ils ont par conséquent décidé de généraliser la pratique pour permettre à tous de profiter davantage des beaux jours.

Travailler moins pour travailler mieux

Des salariés plus heureux et plus productifs

Permettre à ses salariés de profiter de leur après-midi ou d’un jour de repos supplémentaire vise à favoriser un meilleur équilibre vie professionnelle-vie privée. Cette décision part du principe qu’un collaborateur reposé et moins stressé sera plus motivé et plus productif, et qu’en favorisant son épanouissement on améliore son bien-être au travail.

Steve Glaveski, fondateur de l’accélérateur d’innovations Collaborative Campus, en est persuadé : une journée raccourcie bénéficie autant aux salariés qu’à l’entreprise. Dans un article de la très sérieuse Harvard Business Review, il écrit :

« En rendant l’environnement professionnel propice à la concentration et en réduisant la durée quotidienne de travail, vous mettez en place non seulement les conditions d’une augmentation de la productivité et d’une amélioration des résultats, mais vous favorisez aussi la motivation de vos subordonnés et diminuez leur niveau de stress, ce qui, à son tour, va faciliter les embauches et contribuer à retenir les salariés. De plus, ceux-ci auront plus de temps à consacrer à toutes sortes de choses agréables en dehors du cadre professionnel : ce qu’on appelle la vie ».

L’université d’Oxford a mené une étude auprès des 5 000 salariés de British Telecom. Six mois après l’instauration de la semaine de 4 jours, les personnes interrogées se disent plus heureuses au travail et plus productives. Même son de cloche auprès de la branche japonaise de Microsoft qui a expérimenté le dispositif en août 2019 : 92,1 % des salariés ont apprécié cette expérience, et la productivité a bondi de 40 %.

Loin de ne bénéficier qu’au salarié, la réduction du temps de travail est un pari gagnant pour les dirigeants car un salarié heureux est un salarié qui travaille mieux.

Semaine de 4 jours bonheur au travail
Travailler moins pour travailler mieux

Repenser les processus de travail

Journée de 5 heures, semaine de 4 jours, quel que soit l’aménagement retenu, l’objectif est identique : redonner du temps de vie personnelle aux salariés. En échange, on attend de ces derniers un investissement renforcé au bureau. Cela nécessite d’appliquer quelques principes simples :

  • Eviter les distractions. En deux mots, concentration et discipline. Plus de réseaux sociaux ni de coups de fil perso, pas de pause café qui s’éternise, etc. La consultation des mails, très chronophage, doit se limiter au strict minimum
  • S’organiser. Mettre en place une routine plus efficace, prioriser les tâches. Non pas travailler plus vite, mais plus intelligemment
  • Repenser les processus pour optimiser le temps de travail. Réfléchir à des moyens de gagner en efficacité en éliminant les tâches routinières et fastidieuses, en externalisant ou en automatisant par exemple
  • Limiter les réunions au strict minimum et réduire leur durée

Vers une nouvelle culture managériale

Au-delà de l’organisation des salariés, c’est le management lui-même qui doit être repensé. Réorganiser le temps de travail, c’est mettre la confiance au cœur des relations employeur-employés pour permettre davantage de souplesse, sans crainte de flicage ni de jugement.

La start-up Welcome to the Jungle a adopté la semaine de 4 jours en 2019. Pour Jérémy Clédat, l’un des fondateurs, « Décorréler la valeur du travail du temps qu’on y a passé permet d’avoir une approche plus saine. Pour cela, la confiance est clé. Les objectifs sont fixés ensemble et libres aux équipes de s’organiser comme elles le souhaitent pour les atteindre ». Alors que la crise sanitaire force de nombreuses entreprises à revoir leur management, cette approche a permis à Welcome to the Jungle d’être plus résiliente et mieux armée face au coronavirus.

À l’heure où l’on envisage de demander aux actifs de travailler davantage pour contrer la crise économique, l’idée même de réduire ou du moins réorganiser le temps de travail peut prêter à sourire. Pourtant, entre hausse de la productivité et bien-être des salariés, le pari semble gagnant pour les rares entreprises qui ont osé sauter le pas.

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